Analyse publiqueEmploi et salaires
Faut-il de la croissance pour faire baisser le chômage ?
Existe-t-il un seuil de croissance sous lequel le chômage remonte ?
Version 2026.1 · Données publiques arrêtées au 30 septembre 2026 · 5 séries du catalogue · Read this analysis in English
- Principaux indicateurs étudiés
- Taux de chômage (BIT)
- Chômage au sens du BIT
- Croissance PIB (%)
- Taux d'Emploi (15-64 ans %)
- Inflation
La question
Le taux de chômage de la France, au sens du Bureau international du travail (BIT), est de 7,7 % de la population active en 2025, et de 8,3 % au deuxième trimestre 2026 selon l'enquête Emploi de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Cela représente 2,45 millions de personnes sans emploi, disponibles et en recherche active en 2025 — un décompte plus étroit que celui des inscrits à France Travail, qui obéit à d'autres règles et n'est pas utilisé ici.
La question est ancienne : existe-t-il un seuil de croissance en dessous duquel le chômage remonte ? On l'entend souvent formulée avec un chiffre — « il faut un et demi pour cent de croissance ». Cette page confronte cette règle aux vingt-deux années pour lesquelles les deux séries sont comparables.
Ce que montrent les données
Entre 2003 et 2025, le taux de chômage oscille entre 7,3 % (2022) et 10,4 % (2015). La croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB), elle, va de −7,4 % en 2020 à 6,9 % en 2021, deux années hors norme que cette page traite à part.
Sur les vingt années restantes, une régularité apparaît : quand le chômage recule, la croissance de l'année est en moyenne de 1,8 % ; quand il monte, elle est en moyenne de 0,8 %. Calcul France ÉcoScan, sur les millésimes 2004-2025 hors 2020 et 2021. L'écart est net, et il va dans le sens attendu.
Mais la règle du seuil a ses exceptions, et elles ne sont pas rares. En 3 années, la croissance a dépassé un et demi pour cent et le chômage a tout de même augmenté ; en 2 années, la croissance est restée sous ce seuil et le chômage a reculé.
Graphique 1 sur 3 · % de la population active · Période 2003-T2 2026
Le taux de chômage au sens du BIT depuis 2003
Où en est le chômage par rapport à ses points hauts et bas récents ?
Lecture
- Taux de chômage BIT
Ce qu'il faut voir
- Une marche en 2009, un plateau haut jusqu'en 2016, une décrue régulière jusqu'en 2022.
- Le creux de 2020 est un artefact de confinement, pas une amélioration.
- Le dernier point (deuxième trimestre 2026) remonte au-dessus de huit pour cent.
Ce que cela ne signifie pas
- Ce taux n'est pas le nombre d'inscrits à France Travail : les deux décomptent des populations différentes.
Limites · Enquête Emploi, France hors Mayotte ; dernier point trimestriel provisoire. Source · INSEE — enquête Emploi en continu
Ce qui a changé
Le cas le plus instructif est celui de 2004-2006 : trois années de croissance à 2,9 %, 1,9 % et 2,7 %, et un taux de chômage qui reste collé à 8,9 %, 8,9 % et 8,9 %. La croissance était là ; l'emploi n'a pas suivi assez vite pour absorber une population active qui augmentait.
L'inverse s'observe en 2022-2023. L'inflation de 2022 (5,2 %) et le ralentissement qui suit (1,6 % en 2023, 1,5 % en 2024) n'ont pas fait remonter le chômage : il touche son plus bas en 2022 à 7,3 % et reste à 7,4 % en 2023. Il faut attendre 2025, avec une croissance de 0,8 %, pour qu'il remonte à 7,7 %.
Les relations visibles
Ce que les données montrent, c'est une relation de tendance, pas un seuil. Le chômage dépend de la croissance, mais aussi de la population active, de la productivité et de la durée du travail : si l'emploi progresse plus vite que la production — comme depuis 2019, avec un taux d'emploi passé de 66,2 % en 2019 à 69,3 % en 2025 — le chômage peut baisser avec peu de croissance. Si la population active grossit vite, il peut monter avec beaucoup.
Les récessions, elles, ne laissent aucune ambiguïté : en 2009, la contraction de −2,8 % fait bondir le chômage de 1,7 points de pourcentage en un an, de 7,4 % à 9,1 %. Le lien est asymétrique — une chute de l'activité détruit des emplois vite, une reprise en crée lentement.
Ce que l'on ne peut pas affirmer
Une moyenne sur vingt années n'est pas une loi. Les deux moyennes calculées ici décrivent le passé récent ; elles ne fixent pas un seuil pour l'avenir, et elles changent avec chaque révision des comptes nationaux et de l'enquête Emploi.
Cette page ne dit pas pourquoi l'emploi a progressé plus vite que la production depuis 2019 — apprentissage, composition des emplois, heures travaillées, mesure de la productivité. C'est la question de l'analyse consacrée à la productivité.
Enfin, le taux de chômage BIT ne mesure pas la sous-activité : un salarié à temps partiel contraint, un jeune en formation faute d'emploi, un senior découragé n'y figurent pas. Un chômage bas peut coexister avec un halo d'inactivité important.
Les événements qui éclairent la trajectoire
Deux chocs bornent la période. La crise financière de 2008-2009 transforme un taux de 7,4 % en 9,1 %, puis la crise de la zone euro le pousse jusqu'à 10,4 % en 2015 : sept années de hausse ou de quasi-stagnation. Le choc de 2020 est d'une autre nature — avec une chute de l'activité de −7,4 %, le taux de chômage recule pourtant à 8,1 %, parce que les personnes confinées ne pouvaient pas chercher d'emploi et sortaient de la définition du chômage. Ce n'est pas une amélioration ; c'est un artefact de mesure documenté par l'INSEE.
La baisse de 1,2 points de pourcentage entre 2019 et 2022 ramène le taux à son plus bas depuis le début des années 1980. Elle coïncide avec la montée de l'apprentissage et avec le dispositif d'activité partielle déployé pendant et après la crise sanitaire.
Où en sommes-nous
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage est de 8,3 %, en hausse par rapport à la moyenne de 2025 (7,7 %), dans une économie qui n'a crû que de 0,8 % en 2025. La relation de tendance joue dans le sens attendu : croissance faible, chômage qui remonte lentement.
Ce que le lecteur peut en retenir
Oui, il faut de la croissance pour faire baisser le chômage — les années de recul sont des années de croissance nettement supérieure à celles des années de hausse. Non, il n'existe pas de seuil fixe : une croissance proche de trois pour cent n'a pas fait reculer le chômage en 2004, quand une croissance inférieure à un pour cent l'a fait baisser en 2016 — selon ce que faisaient la population active et la productivité.
Le lecteur peut retenir que la croissance est une condition ordinaire de la baisse du chômage, pas une garantie, et que les années récentes — beaucoup d'emplois pour peu de croissance — sont l'exception qui appelle une explication, pas la nouvelle règle.
Sources et méthode
Chaque chiffre de cette page est lu dans une série publique identifiée, ou calculé depuis elle selon la règle indiquée. Les séries sont celles du catalogue de France ÉcoScan, confrontées à leur producteur et gelées à la date indiquée en tête de page.
- Taux de chômage (BIT) — INSEE — enquête Emploi en continu · www.insee.fr
- Chômage au sens du BIT — Eurostat — Unemployment by sex and age, annual data (une_rt_a) · ec.europa.eu
- Croissance PIB (%) — INSEE — comptes nationaux annuels, base 2020 · www.insee.fr
- Taux d'Emploi (15-64 ans %) — INSEE — enquête Emploi en continu · www.insee.fr
- Inflation — INSEE — indice des prix à la consommation · www.insee.fr